jeudi 16 juin 2016

Retour à Jamestown, Rhode Island (et quelques mésaventures!)

Le 10 juin, nous quittons Hampton en Virginie en compagnie de ''Nati'' (catamaran 38' avec Dick et Anne) et le voilier ''Marée Filante'', voilier autoconstruit par Ghislain et Denise.  On passe devant Norfolk dans la baie de Chesapeake.  Il y a de l'eau partout, mais un pont-tunnel nous oblige à passer dans un canal relativement étroit.  À cet endroit, on entend qu'un sous-marin se présente dans la passe et qu'on doit l'écarter de 500 yards.  On le voit un peu à la dernière minute et on réussit à se tasser de devant son chemin.  Des petites vedettes bien armées tournent autour pour s'assurer qu'on a bien pigé le message...


Une fois sortis de la baie de Chesapeake, on longe la côte Est de la Virginie.  Nous sommes partis 3 bateaux ensemble, en s'échangeant de l'information sur la météo.  On écoute la radio amateur longue portée ( Chris Parker sur 8137mhz) pour avoir une idée des conditions à venir.  Chris est la référence aux USA pour la météo et il prédit des conditions potentiellement difficiles avant qu'on puisse rejoindre New York.  Le vent est variable et on doit se fier au moteur pour avancer.  On garde quand même la grand-voile et parfois le génois aussi.  De cette manière on profite des risées de vent qui nous donnent de la vitesse.

En fin d'après-midi, nous sommes appelés sur la VHF par Jean Parratte et Marie-Annick Thabaud, nos vieux copains (et anciens copropriétaires de Entre-Amis, notre Tanzer 29).  Jean et Marie-Annick se sont engagés comme équipiers sur un voilier qu'ils remontent de Nassau jusqu'au lac Champlain.  Je dois dire que l'émotion est intense quand je l'entend à la radio, car ça fait très longtemps qu'on ne s'est pas vus.  Nous savions l'un et l'autre que nous serions sur la côte Est en même temps.  Mais c'est quand même une sacrée chance que de pouvoir se parler comme ça en pleine mer!  Et puis on est soulagés aussi, car quelques jours après leur départ de Nassau une dépression tropicale (collin) passait sur leur chemin et on craignait qu'ils aient eu des problèmes.  On n'aura pas eu la chance de se voir, mais au moins on s'est parlé.

La nuit arrive et on roule toujours.  On s'est donnés plusieurs points pour entrer se cacher si les conditions forcissent.  Heureusement, le temps reste calme.  On aura fait 145 miles en 24h.

Le 11 juin, on est toujours au moteur et nous sommes à 5-6 miles au large de Maryland, puis du Delaware.  On passe Cape May,NJ.  C'était notre point de chute si on faisait seulement 24h en mer.  Jean et Marie-Annick, sur Orion, décident de poursuivre.  Nati et Marée-Filante, avec qui on échange encore des informations, décident eux aussi de pousser jusqu'à NY.  Chris Parker a réduit ses prévisions d'orages et de vents violents. On rencontre quelques dauphins. Durant la journée, le vent forcit quand même jusqu'à 20-25 noeuds et la vague à 5-6 pieds.  Heureusement, vent et vagues sont dans notre dos, donc ils nous poussent rapidement.  On fait du 6.5-8 noeuds.  À cette vitesse, on passe rapidement la côte du New Jersey, pourtant très longue.  On arrive donc de nuit à New-York.   On ne veut pas arriver dans une marina de nuit et on se contente de l'ancrage de Sandy Hook juste en face de NY.  On jette l'ancre à 04h45 au fond de la baie.  Les enfants, eux, ont dormi toute la nuit et sont debout à 7h. Ça nous fait une très petite nuit...

Le lendemain, il vente jusqu'à 33 noeuds.  Traverser NY dans ces conditions ne nous tente pas vraiment et on prend un mooring à la marina Atlantic Highland.  Bon, c'est 50$ pour le mooring, un des plus chers du voyage ( si j'exclus les 80$ à Jamestown....) mais au moins on est protégés par le breakwater car il y a quand même une bonne vague dans la baie et c'était inconfortable.  On y rencontre pour une dernière fois Marée Filante qui sont passés faire le plein de sommeil puis de diesel.  Ils repartent vers le Québec en remontant la Hudson.
Au large de la côte Est du Maryland


Marée Filante, bâtie de teak et d'acajou. Une beauté!
Je dois dire que Marée Filante m'impressionne.  Ghislain l'a construite en teak et en acajou, selon la méthode traditionnelle.  Longue de 30 pieds, elle a suivi Black Cat (ok, pas le plus rapide!) mais aussi Orion ( un Jeanneau 40' très rapide ). Elle a fait sensiblement les mêmes journées que nous, soit 014-150 miles par 24h, ce que je trouve excellent, d'autant plus pour un voilier de 30'.


On a un choix à faire pour la suite: passer par le Long Island Sound, la mer intérieure entre le Connecticut et l'île du Long Island.  Ou sinon, passer par la mer.  Du côté du Long Island Sound, il faut passer par le Hell's Gate et son traffic. De plus, il faut attendre le courant de marée montante, qui est à 11h45.    Sinon, passer par la mer et faire une nuit de plus, mais arriver plus vite.  

Le 13 juin, le vent se calme finalement après avoir soufflé à 20-30 noeuds durant la nuit.  On quitte Sandy Hook à 13h30.  On annonce des vents du Nord à 12-15 noeuds, forcissant demain à 18.  Ça nous convient, car on longera la côte sud du Long Island.  On sera donc protégés des vagues et il peut venter pas mal avant que ce soit un problème.  Les enfants en ont assez et préfèreraient passer par le sound, mais on en décide autrement.

En soirée, le vent s'est vraiment levé et on a des risées à 25 et même 30 noeuds.  On roule avec l'artimon et le génois, roulé à 50%.  Même avec si peu de toile, Blackcat accroche les 7 à 8 noeuds de vitesse.  C'est un peu stressant et la nuit tombe avec ces conditions.  La vague demeure faible car on colle la côte autant qu'on peut sans risquer de se planter sur une roche...

Traffic maritime à NY. 

Notre dernier coucher de soleil en mer.  Il fait froid!
Autre réalité: le vent est froid et la mer aussi.  L'eau est passée de 87F aux Abacos à 58F à NY.  On a ressorti  nos tuques, nos gants et nos polars.  Même avec toutes les couches possibles, on n'arrive pas à être confortable et au chaud.  Et avec ce vent en plus...

Vers 5h du matin, il vente encore dans les 20 noeuds et on file à plus de 7 noeuds sous voile.  So much for the GRIB files! Karine est à la barre et je dors sur la banquette dans le salon, calé entre le dossier et une toile antirulis.  Karine entend un ''BADANG'' mais ne peut pas dire ce que c'est.  Elle lâche la barre et va voir derrière le bateau pour vérifier s'il y a quelquechose qui cloche.  Rien.  On a 90' d'eau sous la coque, alors on a pas accroché une roche.  On continue à voile.

Deux heures plus tard, c'est mon tour de veille, le vent se calme et on continue sous voile.  Quand Karine se lève, on met le moteur, mais il fait un drôle de bruit.  Karine me dit: ''on dirait que le moteur ne pousse pas''.  J'essaye me mettre le moteur de reculon, mais je n'entend pas l'hélice se déplier.  Dans la salle des moteurs, tout semble normal.  

On arrive donc à l'île de Block Island sous voile. Le vent tombe complètement.  On affale toutes les voiles et je met 2 wetsuits d'épais ( l'eau est à 58F et l'air est frette. Pas froid, Frette!)
Une très brève plongée me montre que l'hélice a complètement déserté le bateau!  Il ne reste que le shaft, tout nu!  C'était donc ça le bruit durant la nuit.  Bizarre que l'hélice soit partie quand on était à la voile, car une fois les pales repliées, elle n'accroche vraiment pas.  La seule hypothèse est que l'on ait accroché un filet de pêche ( il y en a des centaines sur cette route) et que le filet ait arraché l'hélice.

Bon, c'est pas finit!  On doit maintenant rentrer à Jamestown sans moteur.  J'appelle la marina qui nous dit qu'on nous aidera pour le mooring.  On a vu des centaines de voiliers rentrer à Newport à voile et on sait que ça se fait.  Mais il y a du courrant, il y a des cargos et on doit arriver pile sur notre mooring. Le vent a faibli, maintenant il est de 7-12 noeuds, tout juste assez pour qu'on soit manoeuvrants.  Et il faut arriver avant la renverse de la marée à 17h...

À 16h,  le Goodwood, un cargo qui transporte des voitures, une laideur d'architecture navale, annonce qu'il va passer dans le chenal en face de Newport.  On arrive à peine à manoeuvrer avec si peu de vent, mais on arrive à coller les bouées vertes.  Un bateau pilote viens s'assurer qu'on aurait pas la mauvaise idée de passer devant le Goodwood (200m de long...).  Tout se passe bien, heureusement.


Car Carrier Goodwood


  On arrive à 16h30 à notre mooring ( le même qu'à notre départ).  Garry Clark nous accueille avec le Zodiac, mais je dois dire qu'on a fait la manoeuvre à la perfection et qu'on est arrivé pile-poil sur la boule de mooring.  On affale les voiles.  Les enfants sont fous de joie d'être rentrés à bon port.  Nous, on n'en croit pas nos yeux.  On voulait partir à l'aventure, mais on en a eu pour notre argent!  3000 miles de parcourus en 8 mois.  Des dizaines d'îles, de plages.  Des rencontres avec des gens merveilleux, plusieurs qui sont devenus nos amis.  Des milliers d'images en tête, des souvenirs pour le reste de nos jours.  On peut dire mission accomplie.  On peut dire qu'on a jamais laissé tombé notre rêve, même s'il a fallu modifier nos plans.  Quelle belle année on a passé!



Remarquez la beauté du dessin dans le spi

Newport, une ville de voile

Maintenant, c'est le temps de revenir à nos moutons.  On doit vendre Blackcat, puis retourner à Verdun dans notre maison.  Heureusement, William Tuthill, qui habite près de la marina, avait gardé notre vieille Jetta pour nous.  Les souris ont fait des nids dans le moteur, mais elle a démarré.  Une petite inspection chez un mécano VW devrait nous permettre de revenir au Québec sans trop d'aventures ( quoi qu'avec une voiture de 13 ans... pis notre chance habituelle... On verra!).



mardi 7 juin 2016

L'intracostal, de Morehead,NC à Hampton,VA.

La dépression Bonnie nous bloquant le chemin et les derniers miles difficiles le long de la côte nous ont convaincus que de passer le cap Hatteras par la mer serait un risque inutile.  On décide donc de ne pas tenter le coup et de prendre les canaux.  Ce n'est pas nécessairement une navigation facile car le canal fait souvent 100' de large seulement.  Il faut donc être vigilent à tout moment et on utilise peu le pilote automatique.  On part de Morehead city à 12h30 vendredi  pour profiter du courant de marée montante.  On ne fait pas long avant d'être arrêté par des orages violents qui s'annoncent. 20 miles seulement aujoud'hui. On met l'ancre à 5 miles au sud d'Oriental.  Le ciel est très menaçant mais les orages passeront à l'ouest de nous.

Samedi, on se lève de bonne heure pour rattraper le temps perdu.  Dans les petits canaux, on fait rârement plus de 50 miles par jour... mais dimanche, on roule sans arrêt de 6h30 le matin jusqu'à 19h30: total de la journée: 85 miles.  On met l'ancre sous les orages et le tonnerre qui gronde, dans l'Alligator River.  L'eau est ici de la couleur d'un thé ''earl grey'' bien infusé.  Il est même impossible de voir le fond d'une chaudière à moitié pleine.  Ceci est dû aux tanins présents dans l'eau suite à la décomposition de la végétation.

Dimanche, on quitte encore à 06h30 et on remonte le Albemarle sound, une vaste étendue d'eau brune de plusieurs miles de large.  Karine rage contre les milliers de ''crab pot'' qui sont partout sur notre route.  C'est un peu stressant car un cordage de crabpot pourrait s'enrouler autour de l'hélice ou du gouvernail.  Il faudrait alors que je plonge dans le thé earl grey pour démêler tout ça... sans compter le risque d'endommager quelque chose.  Les pêcheurs peinturent leurs flotteurs de crabpot de différentes couleurs pour reconnaître leurs cages.  Les plus intelligents utilisent du rouge ou du jaune.  Les autres utilisent du noir ou du brun(!!!)  ce qui rend leurs flotteurs invisibles dès qu'il y a un peu de vague.  On s'en sort malgré tout à bon compte sans rien accrocher. On s'arrête le soir à Coinjock, dans une marina. Les enfants sont bien heureux de se baigner dans la piscine. Avec l'eau trouble qu'on rencontre depuis notre arrivée aux USA, on ne s'était pas baignés depuis des semaines.  Nous faisons la rencontre de Dick et Anne sur leur cata Nati.  Ils s'en vont vers le même endroit que nous.  On échange de l'information et on décide de se suivre.  Ils sont de très bonne compagnie et on s'adonne très bien avec eux.  En soirée, de forts orages passent sur nous.

Lundi nous amène jusqu'à Great Bridge et on en profite pour aller manger au ''El Toro Loco'', un bon resto  mexicain.  Il y a des orages durant la nuit... on dort les fenêtres fermées et il fait très chaud dans le bateau.  Il y a tellement de moustiques dehors qu'on ne peut rien laisser ouvert sans moutiquaire de toute manière.

Mardi, de la pluie forte sur nous dès le matin.  C'est simple, il a plu les 5 derniers jours et les nuages sont menaçants.  La dépression tropicale Collin passe à une centaine de miles à l'ouest du cap Hatteras et ceci explique un peu le mauvais temps qu'on a.  Disons qu'on ne regrette pas de ne pas avoir pris la mer pour passer le cap ( il n'y a pas vraiment d'endroit pour rentrer se cacher quand on passe le cap Hatteras, sur une distance que 200 miles).  On passe les derniers ponts ouvrants et une écluse, puis on arrive à Norfolk, en Virginie.  On passe juste comme un porte-avions rentre au quai.  La navy exige qu'on passe à au moins 500 yards de leur navire.  3 petits bateaux équipés de mitrailleuses de calibre .50 s'assurent qu'on a bien compris le message...

La météo ne nous fait pas la vie facile.  Il y a eu de la pluie et/ou des orages tous les jours depuis la Caroline du Nord.  Et puis presque tous les jours depuis la Caroline du Sud.  Des vents capricieux.  ET déjà deux dépressions tropicales dès la première semaine de juin.  On ne peut pas prendre la mer tout de suite et on attend une opportunité digne de ce nom avant de s'y lancer.  Au moins, à partir d'ici, on peut rentrer se cacher à tous les soirs s'il le faut.  On pourra faire des petits sauts jusqu'au Rhode Island.
Orages sur Morehead City, NC

Toujours les mêmes épaves flottantes à Morehead...
video
Orages et pluie... on y voit notre système de récupération d'eau de pluie qui descend dans le tuyau vert à droite.  À gauche, un ''avion en épingles à linge'' fabriqué par les enfants.





Durant les longues heures au moteur sur le Pamlico Sound et dans les canaux, les enfants ont découvert un nouveau terrain de jeux: la bôme!  Ils grimpent par le hardtop  se cachent dans la housse de grand-voile.  Les autres bateaux qui passent trouvent ça très drôle et les enfants s'amusent bien.









Une des nobreuses ''bibittes'' du Albemarley sound. On a eu jusqu'à 7 libellules en même temps sur le bateau.


USS George Washington: 6000 hommes, 78 avions et deux moteurs nucléaires...

Nati: 1 homme et une femme, une grand-voile et deux coques!

Hampton, Virginie.


jeudi 2 juin 2016

Caroline, Caroline et Bonnie!

Bonnie, c'est le nom de notre nouvelle amie.  Le genre qui s'invite chez toi sans y être invitée.  Qui reste à coucher deux nuits de trop.  T'es tellement tanné de Bonnie, que tu te dis que si elle ne veut pas décoller, c'est toi qui va partir.  Mais Bonnie te poursuit... durant 4 jours au total!
Le lendemain de notre arrivée à Charleston, en Caroline du Sud, on annonce qu'une dépression tropicale se forme à 450 miles à notre sud-est ( tiens tiens, ça donne justement sur les Abacos d'ou nous sortons...)  On se prépare au pire.  On réserve notre place dansl la marina.  On retire les voiles et les toiles sur Blackcat.  On enlève tout ce qui pourrait s'envoler ou prendre au vent.  Un dur labeur.
Puis on attend Bonnie.  L'oeil de la dépression passe exactement sur nous, mais la dépression à été rétrogradée et ne donnera que des vents de 25-30 noeuds.  On a vu pire.  Par contre, on double les amarres sur le quai car les vagues pourraient être importantes.  Elle ne le seront pas mais on aura beaucoup de pluie.

Reste que Charleston est une ville superbe.  Il y a même une rue ''Gendron'' dans le cartier Francais!
Il y avait beaucoup d'activités pour le ''memorial day'' et on a bien apprécié.  Reniant toutes mes convictions politiques, on est allé mangé chez ''Sticky Fingers'', un restaurant aimé par Georges W. Bush!  Les côtes levées y sont renommées.  Il faut dire qu'il y avait bien longtemps qu'on avait pas mangé autre chose que du poisson dans un restaurant!

Le clou de notre séjour à Charleston demeure la visite du musée de Patriot Point.  En fait, il s'agit de 3 vieux navires de guerre américains de la 2e guerre mondiale.  Un destroyer (uss Lafffey), un sous-marin et un porte-avions ( USS Yorktown).  Visiter ces 3 navires est une belle expérience en soi, mais les gens du musée ont fait du bon boulot en recréant des batailles que l'on visionne dans les tourelles des canons du Lafffey, dans la capsule spatiale Gemini récupérée par le Yorktown.  On peut également faire un tour de simulateur de vol, ce que Mia a bien aimé.  Et puis, il y a tous les avions présents sur le pont du Yorktown (pour les amateurs: F-4 Fantom, F-14 Tomcat, A-6 intruder, SeaKing, F-111 et bien d'autres.  Au pont inférieur, il y a une dizaines d'avions de la 2e guerre mondiale ( à hélices)  et Victor a bien apprécié de se mettre aux commandes d'un avion.
Sur le pont du USS Laffey, Destroyer.

Dans la tourelle sur laquelle s'est écrasé un Kamikaze japonais en 1945

Un film présenté dans la tourelle du Laffey

USS Laffey
Porte-avions Yorktown
Avec un F-14 Tomcat
Mia couchée dans la capsule Apollo 8. Comme une vraie astronaute!








On quitte la Caroline du Sud pour se rendre à Georgetown.  Mais Bonnie nous suit.  Elle ne monte qu'à 2 miles à l'heure le long de la côte ouest.  Ce n'est pas qu'elle est méchante, mais elle lève une mer courte avec ses vents changeants et ses bourasques. On doit rouler au moteur tout le temps, appuyé par les voiles.  Il y a un contre-courant du golfstream qui longe la côte ici.   On le sait mais il m'a été impossible de savoir oû il est exactement (tout comme l'accent sur le U sur mon ordi!)
À un moment donné, on ne roule que 4 noeuds et on devrait faire 5 ou 6.  Puisqu'on longe les côte et qu'il y a beaucoup de pêcheurs dans le coin, je décide de plonger et d'aller voir sous la coque si un filet ou un crabpot serait accroché et nous ralentirait.  Heureusement, il n'y a rien.  On continue donc mais je m'écarte des côtes pour échapper à ce contre-courant. Malheureusement, notre faible vitesse dans ces conditions nous empêche de ralier Georgetown de jour.  On décide donc de poursuivre durant la nuit jusqu'à Cape Fear.  On roule toute la soirée et la nuit, au moteur et parfois aidé des voiles.  Le temps n'est pas beau.  Bonnie est encore au dessus de nous.  Les nuages sont bleu-marin.  La mer est courte et on tape.  Parfois, Blackcat se fait arrêter net dans un train de vague. Le speedo descend à 1.5 noeuds.  En soirée, une lecture attentive des cartes nous montre qu'il serait difficile de sortir de de Cape Fear, car il y a un un long haut-fond de 30 miles de long.  Par contre, si on écarte un peu notre route, on pourra rentrer au matin à Mansonboro, de l'autre côté du shoal ( qui se nomme Frying pan shoal...)

Au mercredi matin, nous sommes sur le Frying Pan Shoal, et la mer ne nous aide pas.  Ni Bonnie, qui nous envoie du vent du nord.  On se rend compe qu'il sera très difficile de remonter à Mansonrobo qui est au nord, car le vent a forcit à 20 noeuds.  On doit donc changer (encore) de destination.  On vise donc Morehead City, au nord-est.  On peut donc utiliser les voiles pour se battre contre les vagues.  Malheureusement, une heure après avoir pris cette décision, le vent tourne ( encore) et devient NOrd-Est.  Je me demande si mes instruments de vent sont déffectueux, car chaque fois que je change de bord, le vent me suit.  Mais mon Pifomètre ne ment pas.  Il y a bel et bien 15-17 noeuds de vent, ''dans le pif''!  On arrivera finalement à Morehead City à 04h00 du matin.  Distance parcourue: un peu plus de 200 miles en 43 heures, trempés et fatigués.  On met l'ancre à notre endroit habituel ( on avait passé 5 semaines à Morehead city en novembre) et on se couche, brûlés mais content d'en finir avec la mer et les Carolines.  Les 5 prochains jours de navigation se feront dansl'intracostal, protégés .  Bonnie a compris le message et a finalement décidé de s'en-aller au large, laissant Blackcat enfin tranquille!

jeudi 26 mai 2016

400 miles dans le Gulfstream.

Nous avions quitté Great Sale Cay, situé dans le  Little Bahama Bank ( qui fait partie des Abacos aux Bahamas)  On roule au moteur, puis on met la grand-voile pour avancer un peu plus vite.  Il y a peu de vent.  On roule 6 noeuds à cette allure et en fin de journée,

Vers minuit, on entre pour de bon dans le gulfstream qui nous pousse vers le nord à 4 noeuds de vitesse.  Comme Blackcat fait 6 noeuds, on roule donc 10 noeuds et plus.  On tient cette moyenne toute la nuit.  Au matin, le vent a faibli mais la vague a monté.  Une vague courte qui nous brasse comme un bouchon dans une rivière.  Le mal de mer n'est pas loin et on sort les Gravols...
Mais tout ça se calme dans la journée.  Il n'y a presque plus de vent, et on doit rouler au moteur seulement.  Nos réservoirs étant immenses, il est bien difficile de calculer précisément la quantité de fuel qu'il nous reste.  En milieu de journée, j'estime à 40 à 60 gallons ce qu'il reste.  Avec le gulfstream qui nous pousse toujours (à 3 noeuds maintenant), on descend le régime moteur pour éviter de trop consommer.  Je sais qu'à cette allure, on brûle probablement 1 gallon à l'heure.
Je peux donc compter sur une quarantaine d'heure de moteur... dans ces conditions.  Nous sommes rendus vis-à-vis Jacksonville au nord de la Floride.  J'aimerais me rendre à Morehead City, Caroline du Nord, mais comme on n'annonce pas de vent, je devrais le faire au moteur.  Là, ça devient un peut juste car  mes 40 gallons me feront avancer de 200 miles.  Durant ce temps, le Gulfstream me poussera d'une centaine de miles.  Mais il me reste 380 miles à parcourir... c'est trop juste, il va falloir s'arrêter avant.  Nous avons une dizaines de points de sortie que nous avons  notés.  L'autre voilier qui nous accompagne s'en va vers Chaleston, Caroline du Sud.  Il nous dit du bien de cette ville et on décide que ce serait une bon point d'arrivée.  On met donc le cap sur Charleston. Le soleil se couche pour la deuxième fois depuis notre départ des Bahamas.  La nuit sera calme et sans orages, pour une fois...
Au largede la Floride.

Restless Spirit, notre compagnon de traversée.


Nous voyons beaucoup de dauphins durant la traversée.  Ils viennent s'amuser dans la vague de proue du voilier.  C'est toujours un spectacle  magique  et Mia et Victor s'en vont les voir à la proue.  De beaux moments... Et il y a aussi cette petite hirondelle, perdue dans l'océan, qui reste avec nous quelques temps pour se reposer.  Elle refuse cependant les miettes de pain qu'on lui offre.




La toisième journée nous fait sortir du Gulfstream.  On roule ''seulement'' 6 noeuds maintenant.  Comme je n'y était jamais allé, je pensais que Charleston serait une petite ville de la côte comme les autres... petite erreur: c'est une grande ville et le traffic maritime est intense.  La VHF est constamment solicitée et pour en rajouter, les militaires font des exercices au large.  On entre dans le canal coincés entre la berge d'un bord ( récifs rocheux et courant fort) et de l'autre côté un porte-conteneur de 1000 pieds ( Maersk) et un autre de 700' (MSC).  Les deux gros klaxonnent un épais en voilier qui passe de justesse entre les deux gros porte-conteneurs.  Assez stressant, d'autant plus que les 2 premières marinas qu'on appelle n'ont plus de place pour nous et le soleil se couche dans moins de 2 heures.  On est fatigués et on cherche désespérément une marina.  La 3e sera la bonne après plusieurs essais sur la radio...  Grande surprise, on est juste à côté de Restless Spirit qui vient d'amarrer son voilier au quai d'à côté!
Charleston Harbor Marina, au pied du porte-avion Yorktown

Coucher de soleil sur Charleston

Fin des Bahamas, retour aux USA

Difficile de décider quand quitter les îles.  Nous devons vendre Blackcat.  C'est un bateau nordique ( construit en Finlande) et il ne plaira pas à la majorité des acheteurs de la Floride.  Le marché est aussi meilleur au nord des USA et je me doute que beaucoup de navigateurs vendent leur bateau dans le sud pour s'éviter le trouble de le remonter au nord. Pour nous, ce n'est pas seulement une question d'avoir un meilleur prix mais aussi de réussir à le vendre rapidement.  Deux-trois années dans une marina pourrait coûter très cher...

Il est donc temps de remonter la côte est des USA.  Nous sommes donc rendus à l'extrème Nord-Est des Bahamas, dans le Little Bahama Bank.  Nous avons passé deux jours à West End en compagnie de nos amis Richard et Tracy, sur leur voilier Layla.  Nous ne les avions pas vus depuis Morehead City et ça nous fait bien plaisir.  Eux viennent tout juste d'arriver de leur traversée de West Palm Beach, sur leur voilier Hans Christian (superbe).


Nous ne pouvons rester à l'ancre bien longtemps devant West End, car le fond est de la roche.  Lorsque j'ai tenté d'aller planter l'ancre manuellement ( en plongée sous l'eau), l'ancre a fait un ''bing!'' et n'a pas rentré d'un pouce dans ce fond là.  Elle est donc restée couchée au fond de l'eau et c'est seulement le poids de la chaîne au fond de l'eau qui nous tient.  Nous sommes donc rentrés à la marina Old Bahama Bay pour la 2e nuit. Il y a une belle piscine et le site est très bien pour se reposer.  On en profite pour faire les formalités de sortie pour les Bahamas.  Comme nous n'avions plus du tout d'eau ( le dessalinisateur ne fonctionne plus, j'ai besoin d'une nouvelle membrane...) nous en profitons pour remplir les réservoirs à raz-bord.  C'est 15$ pour l'eau, alors on en profite au max.  Certaines marinas chargent jusqu'à 20 cents le gallons.  Comme j'ai mis 160 gallons, j'en ai pour mon argent.

L'eau qui dégoutte du boyau attire un lamentin.  On s'était fait dire que les lamentins aiment l'eau douce, mais je ne croyais pas que c'était à ce point là.  Il est resté pendant plus de 15 minutes à boire des gallons d'eau douce.  Ça nous permet de prendre de bonnes photos de lui.


Nous partons avec Layla pour aller à l'île de Mangrove Cay ( juste une touffe de mangroves au milieu du bahama bank...).  Le vent est contre nous et on utilise surtout le moteur.  Nous rencontrons quelques dauphins en chemin et ils nous suivent pendant une bonne demie-heure.



Dauphin, Little Bahama Bank

Nous restons deux jours à Mangrove Cay car le mauvais temps nous empèche de faire du chemin.  Nous essuyons des grains jusqu'à 37 noeuds de vent.  Heureusement, comme il n'y a pas creux d'eau ici, les vagues restent tolérables.

On se fait un souper d'amis avec Tracy et Richard. Sachant que la fête de Tracy s'en venait, Karine avait fait de petits gâteaux et on a  souligné l'occasion.



En quittant Mangrove Cay, il y a très peu d'endroits à aller si on ne veut pas trop s'éloigner de la Floride, car on sait que notre départ s'en vient.  Nous allons donc nous ancrer pour une couple de jours à Great Sale Cay, une île déserte ( il n'y a que des mangroves et une ruine.) Mais l'île de 5 miles de long nous protégera mieux que Mangrove Cay contre le mauvais temps.  Il semble y avoir des orages tous les jours par les temps qui courrent, et on a besoin de se protéger un brin.  Deux nuits de suite, nous sommes pris sous des orages immenses qui éclairent le ciel comme en plein jour.  J'ai débranché mes radios pour (peut-être) qu'elles ne soient pas endommagées si la foudre tombait sur le mat... Heureusement, Blackcat s'en tire indemne.
Layla (à droite) et un autre voilier sous les orages.

Layla sous les orages

Great Sale Cay, en pleine nuit d'orage
On croyait quitter pour la traversée vers la Floride mardi le 24, mais Chris Parker, guru de la météo maritime aux USA, conseille plutôt de quitter lundi pour éviter des fortes vagues dans le Gulfstream.  On suit son conseil et on met le bateau en ordre en vitesse.  On range le moteur hors-bord, on ''strappe'' le dinghy sur le pont avant, on attache tout ce qui pourrait tomber et on fait nos adieux à Richard et Tracy ( venus nous donner un coup de main pour préparer le bateau).  Un autre bateau de l'ancrage, Restless Spirit, décide de traverser avec nous.  À 11h, nous mettons le cap vers le Nord-Ouest, direction la Floride.